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30 avril 2012

GÉNOCIDE DES ARMÉNIENS: Ayse Gunaysu : « J’ai honte »

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 Vendredi 27 Avril, à l’invitation de l’Armenian Council of Europe & Sourp Khatch Tebrevank, Ayse Gunaysu, représentante de la Ligue des Droits de l’Homme en Turquie, et Ara Sarafian, historien et Président de l’Institut Komitas à Londres, ont donné une conférence au Centre culturel Alex Manoogian (UGAB) de la rue de Courcelles à Paris.

Arrivant d’Istanbul, où l’un et l’autre ont participé, le 24 Avril, aux commémorations rendant hommage aux victimes du génocide de 1915, ils ont été chaleureusement accueilli par les 240 personnes venus les écouter. Il y avait là, bien sûr des français d’origine arménienne, mais aussi des turcs, kurdes et français. Les historiens Raymond Kevorkian et Dickran Kouymjian étaient également présents.

D’apparence fragile, une voix douce et légère, chaleureuse, Ayse Gunaysu n’en est pas moins une femme déterminée dans ses convictions ; étant la seule en Turquie, soutenue par la Ligue, à demander formellement la reconnaissance du génocide des arméniens et ses réparations, sachant qu’elle peut être à tout moment arrêtée dans son élan humaniste par les autorités de son pays.

S’exprimant en turc, avec l’appui d’une traductrice, la militante a délivré le message de son organisation et s’est livré à l’exercice des questions réponses sans tabou.

« Je voudrais que vous sachiez que pour moi d’être ici est un honneur. J’en suis fière. Mais j’ai aussi une sensation de honte. L’origine de cette honte que j’ai aujourd’hui, c’est parce que je viens de cet État. Cet État qui est l’auteur de ce génocide. » dit-elle. Poursuivant en indiquant que « si il n’y avait pas eu de génocide en 1915, la population arménienne s’élèverait aujourd’hui à 17 millions. A cette époque, une personne sur cinq n’était pas de confession musulmane, dont les arméniens. Aujourd’hui ils ne représentent plus qu’une goutte dans l’océan, au même titre que les Roms et les Assyriens déportés et dépossédés de leurs richesses. Voilà pourquoi aujourd’hui j’éprouve cette sensation de honte », dira-t-elle.


« J’étais membre du parti communiste dans ce pays. Je pensais faire partie de ces leaders éclairés pourvu de connaissances. Eh bien non, car j’ai appris l’existence du génocide arménien, très, très tardivement. Cette terrible réalité a encore été une autre raison pour laquelle j’ai honte. J’ai honte d’être de ce pays qui est la République de Turquie. »

Dénonçant le négationnisme ambiant, Ayse Gunaysu ajoute que ce génocide concerne toutes les couches de la société. « C’est l’État lui-même qui est à l’origine de ce négationnisme. Et c’est cela qui fait perdre à la population ses capacités de réflexions et aussi de visibilité. C’est à dire toute prise de conscience et de discernement ; ce qui est le plus important, rendant les gens handicapés. »

« La vérité nous l’avons apprise très très tardivement. Non seulement tardivement, mais avec très peu d’éléments. Quand je dis ‘nous’, nous n’étions qu’une poignée de personnes. Au fur et à mesure que nous apprenions d’autres choses, de découverte en découverte, on continuait à avoir honte.. Aujourd’hui nous apprenons encore pour connaître et faire éclater la vérité.

Ces mensonges sont un rideau de brouillard. Aujourd’hui ce rideau commence doucement à se lever. On commence à voir au travers parce qu’il y a de moins en moins de brouillard. »

Elle indique que que les premières actions de la Ligue des droits de l’homme ont commencé en 2005 et publiquement le 24 avril 2010. En 2011 la manifestation a eu lieu devant le Musée des Arts Islamiques, un endroit symbolique où en 1915, les intellectuels arméniens ont été regroupés avant l’ultime voyage vers la mort.

Deux courriers ont été envoyés au Catholicos pour qu’enfin ce génocide soit reconnu et que l’ensemble des biens des arméniens leurs soient restitués. « C’est aussi une façon de reconnaître le génocide », dit Ayse Gunaysu, sous les applaudissements.

Par ailleurs, la représentante de la Ligue des droits de l’homme explique que son organisation est à l’origine, le grain de sable qui avait amené l’Union européenne a exiger de la Turquie qu’elle reconnaisse le génocide des arméniens pour pouvoir prétendre à l’adhésion. « Cela fait aussi partie de nos travaux », a-t-elle indiqué.

Devant une telle personnalité, à l’image d’un Ragip Zarakolu, nous ne pouvons que nous incliner et leur venir en aide tant que faire se peut en multipliant les contacts avec la société civile turque.

Jean Eckian + photos

 

COMMUNIQUÉ DE LA BRANCHE D'ISTANBUL DE L'ASSOCIATION DES DROITS DE L'HOMME

 

Chers amis,

Nous nous adressons à vous depuis Istanbul et vous saluons au nom de l’Association des Droits de l’Homme.

Le génocide Arménien de 1915 ainsi que le génocide des Syriaques et des Grecs d’Anatolie a été une réalité connue très tardivement par les intellectuels, socialistes et autres opposants en Turquie.

La négation du génocide avait tout recouvert tel un rideau de brouillard épais. Le mensonge avait pris le dessus dans tous les domaines de la vie. Les manuels dans les écoles, les films dans les cinémas, les informations dans les radios et les télévisions, absolument tout reflétait le mensonge.

Lorsque nous avons commencé à apprendre progressivement la réalité, nous avons ressenti une grande honte. Plus on apprenait et plus on se rendait compte qu’il fallait que l’on s’informe d’avantage et nous continuons toujours à apprendre.

Le rideau de brouillard du mensonge s’est désormais entrouvert. Une par une les vérités se révèlent au grand jour et de plus en plus de gens ici en Turquie et au Kurdistan commencent à connaitre les réalités.

La Turquie ne reconnaîtra pas le génocide dans un avenir visible. La reconnaissance du génocide viendra des gens simples. C’est un mouvement qui va commencer par le bas. Et qui va contraindre le système.

En Turquie et au Kurdistan le génocide est désormais commémoré dans la douleur, la honte et le respect à la mémoire des victimes du génocide.

En ce 97ème anniversaire du génocide Arménien ainsi que celui des Syriaques et des Grecs d’Anatolie, nous voulons vous dire depuis Istanbul à vous, jeunesse arménienne de Paris que la reconnaissance du génocide avec toutes les conséquences juridiques et morales qui en découleront, fait partie intégrante de notre lutte des droits de l’homme.

Nous nous inclinons avec respect devant la mémoire de vos grands-mères, vos grands-pères ainsi que devant tous les autres membres de vos familles qui ont péri pendant le génocide, et partageons du fond de notre coeur votre douleur et votre colère.

 

ASSOCIATION DES DROITS DE L’HOMME

BRANCHE D’ISTANBUL

23 AVRIL 2012

 

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